L’immobilier logistique
Interview de Jean-Claude Dubreuil
Président de GEPRIM, filiale de Nexity

Missions d’Experts : Pouvez-vous présenter
la société GEPRIM ?
Jean-Claude Dubreuil : GEPRIM, a été créée
en 1984, à Lyon. Avec 20 collaborateurs entre Paris et Lyon, la société
est aujourd’hui une filiale du groupe Nexity ; groupe que nous avons intégré
en juillet 2000.
Promoteur, constructeur et maître d’ouvrage, ce nouvel élan
nous a permis en 2001, de consolider nos positions sur le marché de la
logistique avec 142 000m² livrés (92% en logistique et 8% en bureaux)
et 124 000m² lancés.
Nos projets de livraisons pour 2002 : 140 000m² répartis pour 80%
en logistique et 20% en parcs d’activité et de bureaux. GEPRIM
a abordé l’année 2002 en concrétisant une diversification
plus marquée vers les parc d’activités et les parcs tertiaires,
un immobilier périurbain de haute qualité.
Notre orientation pour l’horizon 2003/2004 tend vers 50% en logistique
et 50% en bureaux.
Quelques exemples de nos réalisations : Sony Music (17 200 m²) et
Décatlhon (17 200 m²) à Bussy Saint Georges (77), l’Oréal
(17 000 m²) à Paris Nord II (93), Norauto (21 700 m²) au Plessis-Paté
(91), Hayward (23 000 m²) à La Plaine de l’Ain (01), Groupe
Danone (14 000 m²) à l’Isle d’Abeau (38), Giraud Logistique
(16 000 m²) à Combs la Ville (77) et à Corbas (69), Groupe
Bic et Lancel à Cergy (95), Easydis Groupe casino (50 000 m²) à
Saint Laurent de Mure (69)…
Missions d’Experts : Quelles sont les évolutions
du marché de l’immobilier logistique depuis ces dix dernières
années?
Jean-Claude Dubreuil : Entre 1992 et 1995, nous étions
en pleine crise, il y a donc eu une absence totale de production. En revanche,
depuis 1995, on note une reprise vigoureuse du marché pour les besoins
d’exploitations, liée à :
- l’absence de production en période antérieure,
- l’externalisation accélérée de la part des industriels
(chargeurs) et des groupes de distribution,
- la présence active des investisseurs prêts à soutenir
l’offre locative,
- le développement de la e-distribution.
Nous observons une professionnalisation et une normalisation des
spécifications des immeubles sous la pression des exigences des exploitants,
des investisseurs et des contraintes de gestion.
De plus les critères qualitatifs, sont de plus en plus intégrés
aux projets telles l’architecture, la qualité du traitement paysagé,
la sécurité (réglementation et prévention des risques
générant des autorisations d’exploiter, au titre des établissements
classés).
La tertiarisation de l’économie entraîne une augmentation
des valeurs ajoutées (qualifications des emplois et nombre d’emplois
crées) liées à la logistique.
Missions d’Experts : Comment voyez-vous évoluer
les caractéristiques des bâtiments logistiques dans les prochaines
années ? Toujours plus grands, toujours plus hauts ?
Jean-Claude Dubreuil : La taille unitaire des unités
d’exploitation va se stabiliser sur un segment de 20 000 à 30 000m²,
pour une part importante. La conception des bâtiments restera assez stable
: des hauteurs de 10/12m, une profondeur de 100m …
Les grands distributeurs avec des projets spécifiques pourront générer
des plates-formes spécialisées plus importantes.
L’offre d’immobilier logistique va continuer de se diversifier :
· grande logistique régionale, nationale et européenne
· logistique d’agglomération avec des plus petites unités
· messagerie et centre de dispatching
· logistique liée au processus industriel (assemblage, essais….)
Missions d’Experts : Il y a deux ans encore,
on évoquait l’inadéquation de l’offre et de la demande
et la pénurie de surfaces adaptées. Est-ce toujours le cas aujourd’hui
? En Ile de France, en Province ?
Jean-Claude Dubreuil : Oui, on relève, encore aujourd’hui,
un manque d’offre certain.
Géographiquement, la grande logistique est concentrée sur l’Ile
de France avec une situation de surproduction pour l’Ile de France Sud.
Sur Lille, Lyon et Marseille, l’équilibre est atteint. Pour les
autres grandes métropoles, il y a toujours pénurie d’offres.
Cette situation est proportionnelle à l’intérêt des
investisseurs pour les différentes régions.
Missions d’Experts : Vous n’avez pas
vocations à détenir vos constructions. Vous les vendez à
des investisseurs. Qui sont-ils ?
Jean-Claude Dubreuil : En effet, nous vendons nos constructions.
Nos clients sont essentiellement anglo-saxons (Blackstone, Cargill, Lasalle),
allemands (Deka) et originaires de l’Europe du nord et bien sûr
français (Logistis, Bail Investissement).
Missions d’Experts : Quelles sont leurs exigences en
matière de taille des bâtiments, durée ferme, taux de rendement…
?
Jean-Claude Dubreuil : Les exigences quant à la taille
des bâtiments varient selon leurs localisations, en sites urbains ou isolés,
et les contraintes de gestion acceptées. La durée ferme est généralement
supérieure ou égale à 6 ans.
Le taux de rendement , selon la pré-commercialisation et la localisation,
est compris entre 10,5% et 8,5%.
Missions d’Experts : Vous intervenez en Ile
de France comme en province. Quels sont les pôles de développement
en France, hors région parisienne bientôt saturée ?
Jean-Claude Dubreuil : L’axe Lille – Paris –
Lyon – Marseille réunit les pôles évidents. Les villes
intermédiaires (Dijon, Beaune, Valence …) émergent aussi
dans une certaine mesure ainsi que l’Est (Metz, Nancy, Mulhouse). Les
investisseurs sont très prudents pour les autres régions, où
les loyers de marché et les rendements sont trop tendus pour garantir
la sécurité des investissements. Ils sont des marchés,
en général, encore trop étroits pour une gestion locative
fluide.
Missions d’Experts : D’abord rejetés
puis accueillis à bras ouverts depuis le milieu des années 90,
les projets de construction d’entrepôts sont-ils toujours bien perçus
par les collectivités locales ou territoriales ?
Jean-Claude Dubreuil : De façon générale,
les projets sont perçus de façon assez négative en raison
d’une image de peu de qualification et de faible densité d’emplois,
ajoutée à des nuisances de circulations (poids lourds).
On relève une certaine méconnaissance de nombreux élus
et responsables sur la réalité économique du mouvement
de fond : la tertiarisation de l’économie.
Il est vrai qu’une grande variété de situations existe.
La valeur ajoutée sur les plates-formes peut subir des écarts
importants selon le type d’activité qui y est pratiqué de
la simple réception-expédition de palettes aux opérations
d’assemblage, packaging, marquage.
Pour l’image des plates-formes, certaines implantations dans de calmes
villages sont défavorables et alimentent les réticences des élus.
Nous faisons attention chez GEPRIM à sélectionner des sites de
développement dans les bassins industriels où les services et
les emplois sont adaptés et à traiter avec soin l’architecture
de nos bâtiments. Ainsi, nous rencontrons peu d’hostilité
de la part des élus.
Missions d’Experts : Pouvez-vous nous donner des exemples
de valeurs locatives en région parisienne et en province ?
Jean-Claude Dubreuil : En Ile de France, nous louons nos entrepôts
entre 55 € et 58 € HT/HC par m² et par an. Sur Lyon et dans l’Est,
les prix de location se situent entre 43 € et 46 € HT/HC par m²et
par an
Missions d’Experts : Quelles sont vos
projections d’évolution des valeurs dans les prochaines année
?
Jean-Claude Dubreuil : Marché très peu spéculatif,
l’immobilier logistique fait preuve d’une assez grande stabilité
de ses valeurs.
Cette modération se poursuivra tant que de grandes réserves foncières
resteront accessibles.
L’attrait durable de l’investissement devrait garantir le dynamisme
de ce marché.
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